arte creative magazine

…A partir des récits sur la région mythique d’Hyperborea, Anton Ginzburg entreprend un voyage. Son expédition le conduit des forêts du Nord Ouest Pacifique américain, aux palais abandonnés de Saint Petersburg, et aux Goulags de la Mer Blanche. La nature est tour à tour interrogée, reconstituée, détournée, contredite. Sur la trace d’anciens vestiges, forêts primaires, fossiles de mammouths et ruines, l’explorateur est accompagné par un nuage de fumée rouge. Réminiscence de l’Histoire, sa signification évolue à mesure que le film avance. Dans cette forêt opaque d’Amérique du Nord, elle souligne l’artificialité d’une nature reconstituée, et manifeste la mémoire de la violence exercée sur les populations natives américaines. Des palais de Saint Petersburg aux ruines d’un Goulag des bords de la mer blanche, elle convoque l’histoire russe du 20ème siècle, celle des révolutions, de l’enfermement et de l’aliénation au nom des idéaux. Elle devient également réminiscence des limites de notre histoire, en-deçà du temps humain, lorsqu’elle submerge un espace empli de fossiles préhistoriques. La nature filmée devient le lieu même de notre Histoire, et ce fumigène écarlate, paradoxalement évanescent, informe et éphémère, révèle ce qui demeurait dans ces paysages à l’état de trace et mémoire.